Vous envisagez de vous installer à Givors, ou vous y vivez déjà et vous vous posez des questions sur la sécurité réelle de certains secteurs ? Cette commune du Rhône, située au sud de Lyon, fait régulièrement parler d’elle pour ses problèmes d’insécurité. Nous avons décidé de mettre les pieds dans le plat, chiffres à l’appui, pour dresser un état des lieux sans détour. Parce qu’on ne peut pas aménager sa vie quotidienne sans savoir où l’on met les pieds, cet article va vous donner les clés pour comprendre quels sont les quartiers les plus sensibles, pourquoi ils le sont, et ce qui se joue vraiment sur le terrain.
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ToggleLes chiffres qui font mal : Givors face à l’explosion de la délinquance
Nous ne tournons pas autour du pot : en 2024, Givors a enregistré 1 734 crimes et délits pour une population de 20 943 habitants. Cela représente un taux de criminalité de 82,8 pour mille habitants, soit près de deux fois la moyenne nationale. Ce qui rend la situation encore plus alarmante, c’est la progression fulgurante : une hausse de 20% par rapport à 2023. Ces statistiques ne sont pas de simples chiffres abstraits, elles traduisent une réalité quotidienne pénible pour les habitants.
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux types de délits recensés sur la commune :
| Type de délit | Nombre de cas en 2024 | Taux pour 1000 habitants |
|---|---|---|
| Vols et cambriolages | 596 | 28,45 ‰ |
| Trafic et usage de stupéfiants | 352 | 16,81 ‰ |
| Violences contre des personnes | 340 | 16,23 ‰ |
| Destructions et dégradations | 315 | 15,04 ‰ |
Concrètement, cela signifie que si vous habitez à Givors, vous avez une probabilité bien plus élevée qu’ailleurs d’être victime d’un vol de voiture, d’un cambriolage ou de croiser du trafic de drogue à ciel ouvert. Ces chiffres placent Givors au 1 614e rang national des villes les plus dangereuses, ce qui en dit long sur l’ampleur du problème.
Les trois quartiers prioritaires sous surveillance : Centre-Ville, Les Vernes et Les Plaines
Si Givors concentre autant de problèmes de sécurité, c’est que trois de ses quartiers sont classés en Quartiers Prioritaires de la Ville. Ces QPV regroupent environ 8 100 habitants, ce qui représente plus de 41% de la population communale. Cette concentration est énorme : presque la moitié des Givordins vit dans un périmètre considéré comme sensible par les pouvoirs publics.
Ces trois quartiers ont été intégrés à la géographie prioritaire pour des raisons bien précises. Le parc de logements sociaux y représente 86% du total communal, la précarité économique y est massive avec 56% des demandeurs d’emploi de la ville, et 70% des bénéficiaires du RSA y résident. Les Vernes, avec ses 3 235 habitants répartis sur 19 hectares, incarne le quartier de grands ensembles typique des années 1960. Le Centre-ville, souvent oublié dans les représentations, souffre d’un habitat ancien dégradé qui cumule les difficultés. Quant aux Plaines, intégrées plus récemment à la géographie prioritaire, elles accueillent 1 700 habitants dans un parc de 860 logements sociaux sur 18 hectares.
Cette géographie de la précarité n’est pas neutre : elle dessine une carte précise des zones où l’insécurité se concentre. Lorsque le chômage explose et que les revenus s’effondrent, les trafics trouvent un terrain favorable pour prospérer.
Les Vernes et Montgelas : cœur du trafic de stupéfiants
Le quartier des Vernes s’est imposé, malgré lui, comme l’un des principaux points névralgiques du trafic de stupéfiants dans l’agglomération lyonnaise. Avec 352 infractions liées aux stupéfiants recensées en 2024, dont 337 pour usage et 15 pour trafic avéré, ce secteur cristallise toutes les tensions. Le secteur de Montgelas, attenant aux Vernes, est particulièrement surveillé par les forces de l’ordre.
Au quotidien, cette réalité se traduit par une présence visible de deals, des nuisances sonores permanentes, et un sentiment d’insécurité qui pourrit la vie des habitants. En août 2024, une opération anti-stups menée par les policiers du commissariat de Givors a permis l’interpellation d’un des principaux fournisseurs du quartier, condamné à 2 ans de prison dont 18 mois ferme. En novembre 2024, une autre opération d’envergure a conduit à l’arrestation de quatre trafiquants impliqués dans un réseau entre Grenoble et Saint-Étienne, avec une saisie de 80 000 euros en liquide et 140 000 euros d’avoirs criminels.
Face à cette situation, les autorités ont lancé un vaste programme de rénovation urbaine. Une enveloppe de 50 millions d’euros, portée par la Métropole de Lyon, la Ville et l’ANRU, vise à transformer en profondeur le quartier des Vernes. L’objectif : reprendre le contrôle des espaces publics, améliorer l’habitat et casser la dynamique du trafic. Mais le chemin est encore long.
Secteur Gare et Cité Croizat : les points noirs des cambriolages
Si le trafic de drogue caractérise les Vernes, les vols et cambriolages trouvent leur terrain de prédilection autour de la gare et dans la Cité Ambroise-Croizat. En 2024, Givors a enregistré 80 cambriolages de logement, 106 vols de véhicules et 118 vols dans les véhicules. Ces chiffres placent la ville bien au-dessus des moyennes nationales.
La proximité des axes de circulation, notamment l’A7 et la gare ferroviaire, facilite grandement la fuite des cambrioleurs après leurs méfaits. L’habitat dense et les immeubles collectifs offrent une multitude de cibles potentielles. Dans la Cité Croizat, les dispositifs de vidéosurveillance installés pour dissuader les délinquants ont eux-mêmes été vandalisés, signe d’une confrontation permanente entre les autorités et les délinquants.
Pour les résidents de ces secteurs, quelques précautions s’imposent : renforcer les serrures, éviter de laisser des objets de valeur visibles dans les véhicules, et ne pas hésiter à signaler tout comportement suspect. La municipalité a d’ailleurs voté en 2024 l’attribution d’une aide financière pour aider les habitants victimes de cambriolages à sécuriser leur logement.
Yves-Farge et Zone des Étroits : violences et incivilités au quotidien
Au-delà des vols et du trafic de drogue, d’autres quartiers de Givors souffrent d’une forme de violence plus diffuse mais tout aussi pesante : les quartiers Yves-Farge et la Zone des Étroits concentrent les violences urbaines, dégradations et incivilités. Les statistiques de 2024 font état de 340 cas de violences contre des personnes, dont 58 violences intrafamiliales et 154 coups et blessures volontaires. Les destructions et dégradations représentent quant à elles 315 cas.
Ces chiffres froids cachent une réalité quotidienne faite de rodéos urbains, de tapages nocturnes répétés, de dégradations de mobilier urbain et d’affrontements entre bandes. Des événements marquants illustrent cette tension : en 2024, près de 1000 personnes se sont rassemblées pour un rodéo sauvage impliquant 300 véhicules et des tirs de mortiers d’artifice. Une véritable opération de chaos organisée qui a nécessité l’intervention massive des forces de l’ordre.
Plusieurs habitants témoignent de délais d’intervention de la police pouvant atteindre 45 minutes, laissant les résidents seuls face aux troubles. Cette lenteur de réaction alimente le sentiment d’abandon et renforce l’impunité ressentie par les auteurs de violences. Les forces de l’ordre de Givors effectuent pourtant près de 25 interventions par jour en moyenne, mais la pression est constante et les moyens limités.
Vivre à Givors sans angoisser : connaître les zones à risque pour mieux les éviter
Connaître précisément les secteurs les plus sensibles ne signifie pas céder à la peur permanente, mais simplement adapter vos déplacements et vos habitudes pour limiter les risques. Voici les zones qu’il convient d’éviter, particulièrement en soirée et la nuit :
- Les Vernes : trafic de stupéfiants omniprésent, deals à ciel ouvert, tensions fréquentes
- Montgelas : secteur attenant aux Vernes, fortement impacté par le trafic de drogue
- Plaines-Centre Ville : habitat dégradé, précarité économique, concentration de délinquance
- Secteur Gare : cambriolages et vols de véhicules fréquents, proximité des axes de fuite
- Cité Croizat : point noir des cambriolages, vandalisme récurrent
- Yves-Farge : violences urbaines, rodéos sauvages, incivilités quotidiennes
- Zone des Étroits : dégradations, tapages nocturnes, tensions entre groupes
Cela dit, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur les efforts engagés pour redresser la barre. Le programme de réaménagement urbain aux Vernes prévoit la requalification de 10 600 m² d’espaces publics, incluant la place Charles-de-Gaulle, le secteur Duclos et le parking nord. L’investissement de 2,4 millions d’euros, soutenu par l’ANRU à hauteur de 270 000 euros, s’inscrit dans une enveloppe globale de 50 millions d’euros. Ce chantier comprend la réhabilitation de 242 logements, la construction de 60 logements neufs, la création d’une résidence pour seniors et l’aménagement d’équipements sportifs.
L’objectif est clair : casser la spirale de l’enclavement, améliorer l’attractivité de ces quartiers et redonner aux habitants un cadre de vie digne. Mais entre les programmes et la réalité du terrain, le fossé reste immense, et les résultats ne se feront sentir que sur le long terme.
Givors incarne cette France périurbaine tiraillée entre l’urgence sécuritaire et l’espoir d’une transformation qui tarde à venir.





